XXIIème Congrès du PR
Gênes les 31 Octobre, 1er, 2, 3 et 4 Novembre 1979

Le Congrès de Gênes s'ouvre à quelques semaines de l'arrestation en France, du Secrétaire de PR, Jean Fabre, pour "insoumission". Sur la vague de cet évènement, le Congrès relance la mobilisation et l'engagement antimilitariste. La mobilisation atteindra son sommet, à l'occasion du procès à Fabre qui a eu lieu à Paris, le 27 Novembre. Un procès qui se termine par une sentence de condamnation très légère, qui équivaut à un acquittement, à une reconnaissance de la valeur du témoignage politique et moral de Jean Fabre.

D'un autre côté, la motion du Congrès réaffirme la validité et la nécessité d'une nouvelle initiative de référendum dont elle détermine les thèmes. Avec cet objectif, pour la première fois, on parle dans la motion, de la lutte contre l'extermination par la faim et le sous-développement dans la partie Sud du monde.

Le Congrès élit Giuseppe Rippa, secrétaire et Paolo Vigevano, trésorier.

MOTION GENERALE

Le XXIIème Congrès du PR adresse ses salutations au Camarade Jean Fabre détenu en France, pour affirmer les droits de liberté des nonviolents, des objecteurs de conscience, de ceux qui se battent pour libérer l'Europe, ses peuples, du militarisme, de la violence et de la répression.

En franchissant les frontières et les barrières nationales, la désobéïssance civile, la dissension nonviolente, l'insoumission, peuvent devenir aujourd'hui, grâce à Fabre, un modèle et un instrument unificateur et unitaire de tous ceux qui, en Europe, défendent les droits de liberté et de conscience. Sans cette formidable méthode, on court le risque de rendre vains, même les efforts des députés radicaux qui, au Parlement Européen, luttent contre la coalition de forces conservatrices et réactionnaires qui en conditionnent, non seulement les travaux et les choix politiques, mais aussi les normes et les règlements. Aux risques -dont la gravité a été rendue évidente par l'affaire de l'extradition de Piperno- de réalisation d'un "espace judiciaire" européen, dans le cadre duquel, les anciens et inaliénables droits de liberté sont annulés, il faut opposer de fortes luttes libertaires, libérales et socialistes, capables de construire et d'unifier les espoirs des oppositions, des minorités, des opprimés, de l'Europe toute entière.

Le Congrès réaffirme sa propre unité profonde autour de l'initiative de lutte de Jean Fabre, de ses motivations et de ses développements. Et, s'il faut reconnaître de ne pas avoir eu la force pour recueillir avec l'urgence nécessaire, l'appel d'une grande initiative internationaliste autour de Jean Fabre,le Congrès rappelle la nécessité de promouvoir un mois de mobilisation antimilitariste, radicale, dans toute l'Europe, en vue du procès de Jean Fabre qui aura lieu le 27 Novembre.

Le Congrès désigne comme objectif fondamental de mobilisation pour ce mois-ci, la préparation et la réalisation d'une rencontre politico-juridique européenne sur les tribunaux militaires, qui aurait lieu à Paris les 23-24-25 Novembre, et le lancement d'un appel pour l'abolition des tribunaux militaires. Le Congrès convoque pour le 27 Novembre, une journée extraordinaire d'initiative antimilitariste, centrée, en France, sur la présence massive au procès de Fabre, et en Italie, sur le refus de l'installation des nouveaux missiles nucléaires et sur l'organisation de marches populaires, là-où les ordres de l'Otan les ont destinés.

Le Congrès donne mandat aux organes statutaires, d'examiner immédiatement la possibilité d'émissions radiophoniques sur le territoire français et en particulier sur la ville de Paris: non seulement pour informer de façon adéquate les citoyens sur le procès et sur les initiatives antimilitaristes, mais également pour contribuer à briser dans ce pays-là, le monopole anachronique et illibéral des instruments de communication de masse; enfin il donne mandat aux organes statutaires de déterminer toutes les autres initiatives pour les prochains jours -en particulier les formes de présence en France et dans les autres pays européens en collaboration avec les autres forces politiques et antimilitaristes- et il invite les inscrits et les associations radicales à organiser des initiatives parallèles sur le territoire italien.

Les luttes anti-autoritaires sur les droits civils trouvent encore une fois en Italie leur passage nécessaire, unique et urgent, dans l'instrument de référendum. Les batailles et les victoires de ces dernières années et la présence radicale-même au Parlement, risquent autrement, d'être déjà, dispersées et annulées. Dans ce but, le régime a mis en acte d'exceptionnelles mesures, à partir de l'emploi arrogant et violent de ses moyens de communication de masse. Ce qui s'est passé à l'occasion de l'incarcération de Jean Fabre, avec l'omission et la falsification de l'information, avec le refus des requêtes et de la protestation des parlementaires radicaux, c'est la manifestation d'une volonté précise et déclarée de renfermer, d'étouffer et de liquider les espaces d'information, conquis à ce jour par les luttes alternatives du PR. C'est seulement par une mobilisation immédiate du parti, autour d'un projet de référendum d'exceptionnelle vigueur, que l'on pourra espérer déjouer ce péril. Il faut redonner de la force, de la capacité d'expression, des possibilités d'initiatives et de présence dans les rues et sur les places, à la majorité des partisans du divorce, au Oui exprimé en 78 au référendum sur le financement public des partis, aux forces alternatives, des autonomies locales et citoyennes, à tous ceux qui luttent pour une meilleure qualité de la vie.

Le Congrès, en invitant toutes les associations et tous les partis régionaux à ouvrir et à développer le débat sur les contenus du référendum, délibère de convoquer une assemblée nationale politique et d'organisation sur cette initiative. Tandis qu'il demande la mise au point définitive du paquet au Conseil fédératif, il détermine -à partir des huit référendums de 1979- les thèmes possibles suivants, pour la collecte des signatures pour le printemps prochain:

- Concordat, délits d'opinion du Code Rocco, Code de procédure pénale, Prison à vie, Décret anti-terroriste et Lois spéciales, Codes et tribunaux militaires, démilitarisation de la Sécurité publique et de la Garde des Finances;

- Ordre des journalistes et législation sur la Presse;

- Dépenses militaires, centres nucléaires, chasse;

- Avortement, libéralisation du Chanvre et de ses dérivés.

Le Congrès est obligé de constater que, à l'approche de la fin 1979, rien n'a été fait pour sauver de l'agonie et de la mort par la faim, les 50 millions d'êtres humains condamnés cette année encore à l'extermination. Le Congrès donne mandat par conséquent aux organes statutaires d'opérer, en demandant une rencontre immédiate au Président de la République, afin de convoquer, du 1er au 8 Décembre, une semaine de deuil national au cours de laquelle, on réalisera une grande mobilisation de tous les authentiques communistes, socialistes et chrétiens, et durant laquelle, tous les organes d'information italiens consacreront de grands espaces au débat sur les propositions d'intervention urgentes de l'Etat, pour sauver ceux que l'on peut encore sauver, en réduisant au minimum tous les services de chronique politique, qui apparaissent d'importance dérisoire par rapport à la monstruosité de la tragédie représentée par la mort de millions d'hommes.

Pour conquérir le succès sur le difficile projet de référendum, il faut rénover le Parti Radical, le rendre plus fort. Il faut surmonter d'urgence la dichotomie entre l'image du parti de la victoire du 3 Juin et la réalité de ses structeures actuelles, faibles et inadéquates. L'engagement pour renforcer les partis régionaux, pour en enrichir l'autonomie et la capacité de manifestation et d'expression, doit se concrétiser surtout par l'organisation de la collecte des signatures. Le parti fédéral et les partis régionaux doivent se saisir de l'occasion du référendum comme d'un moment d'ouverture et de croissance qui puisse permettre d'atteindre l'objectif des 10.000 inscrits, non pas de façon formelle et bureaucratique, mais sur le vif des luttes et par l'engagement militant. Le parti ne peut renouveler ses expériences passées, comme lorsque l'objectif de la construction de ses structures fut négligé et omis. Les partis régionaux devront à cette occasion, multiplier la création d'associations radicales; et en même temps que les associations radicales, il faudra favoriser la naissance et la croissance de nouveaux mouvements organisés et autonomes, qui enrichissent le panorama alternatif de la société italienne.

Un parti rénové dans l'élan du référendum, pourra finalement acquérir la structure fédérative du statut et atteindre la dimension minimum nécessaire même pour garantir un autofinancement. L'autofinancement est le fondement de la survie du part radical en tant que parti libertaire. A travers l'autofinancement, il faut conquérir la possibilité d'initiatives fortes et autonomes, au niveau fédératif surtout. C'est seulement à travers un autofinancement adéquat aux responsabilités actuelles du parti, qu'il sera possible de ne pas susciter de problèmes et d'oppositions sur l'utilisation du financement public. Pour cela, le Congrès confirme totalement la définition statutaire du parti autofinancé dans ses luttes et dans ses structures; le Congrès donne mandat par conséquent au trésorier, d'exclure du PR, tout fonds découlant du financement public des partis politiques, en le destinant selon les désignations générales exprimées par la motion du Congrès de Bari, et rappelle à ce propos la priorité du problème de l'information.

Le Congrès a mis en évidence qu'il n'existe pas parmi les radicaux, de divisions et d'oppositions qui investissent les grandes luttes et la stratégie radicale affirmée aucours de ces dernières années, face au problème de l'affaiblissement des institutions, qui voit aujourd'hui toujours plus protagonistes, les secrétariats des partis du prétendu arc constitutionnel, lesquels constituent une véritable association opérationnelle dans le but de renverser les institutions constitutionnelles italiennes.

En Avril prochain, le PR devra lancer l'initiative de référendum comme terrain de confrontation et d'affrontement sur certains thèmes (nucléaire, environnement, ordre public, délits d'opinion) qui constitueront la plate-forme concrète des luttes sur laquelle on pourra réaliser une ligne "administrative" qui soit une alternative rénovatrice par rapport au modèle de la bonne, ordinaire administration, mythe des juntes "rouges" surtout en Emilie-Romagne, et qui sache se relier à un dessein général de changement de la qualité de la vie. Le Congrès invite les associations et les partis régionaux à ouvrir le débat sur l'échéance électorale administrative, et il donne mandat au secrétaire du parti, de convoquer un Congrès extraordinaire, pour prendre les décisions finales.

Le statut du PR est le statut du parti de l'alternative. Le relancement et la réalisation en feront ressortir la force et la capacité de promotion d'une organisation authentiquement libertaire. Il est nécessaire de faire naître et approfondir, rénover et consolider ce sentiment profond de solidarité humaine et civique, civile et politique, qui doit lier les radicaux à un projet de vie associée, dans lequel les valeurs communautaires sont déjà en elles-mêmes, une force dissuasive puissante contre la consommation, les aliénations des sociétés industrielles, les dégénérescences de la vie politique traditionnelle. Parti et élus sont les "sujets" du PR; c'est à eux que revient l'énorme responsabilité de réaliser dans le pays l'espérance libertaire.

Grâce au groupe radical du Parlement européen, la dimension de la lutte s'est étendue à l'Europe. En ce moment l'Europe entière et l'Italie se trouvent exposées et menacées par une hypothèse de renforcement militaire à partir de l'installation des missiles "Pershing" et "Cruise". La militarisation de l'Europe et de chacun de ses pays, est en train d'assumer des formes chaque jour plus terrifiantes. Le Congrès, en donnant mandat aux organes élus de lancer une initiative de lutte contre l'installation de ces missiles, rappelle que la lutte antimilitariste doit saisir cette occasion pour retourner nécessairement au centre de l'initiative radicale.